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Edition du 19/06/2009
 
Tabagisme en milieu scolaire : Nette régression à Djougou

Nette régression à Djougou

Dangereux pour la santé de ceux qui s'y adonnent, adultes ou jeunes, le tabagisme a également élu domicile en milieu scolaire. Voilà pourquoi, tous les acteurs étatiques ou non, partenaires et organismes internationaux ont multiplié les actions de sensibilisation pour faire reculer le phénomène dans ces lieux du savoir. Mais la question qui se pose aujourd'hui est de savoir si ces actions ont porté leurs fruits dans la commune de Djougou ? Sommes-nous en mesure de dire que le phénomène a reculé ? Une enquête de terrain, dans la commune et dans les localités environnantes, a permis de répondre par l'affirmative. 

                  Par Hyacinthe A. KOUDHOROT*

« Le tabac nuit, ruine et tue », cette phrase forte se laisse entrevoir sur plusieurs pancartes publicitaires des grands carrefours de Djougou, ville phare du département de la Donga. C'est pour attirer l'attention des fumeurs et non fumeurs sur ce phénomène qu'est le tabagisme. Le tabagisme est un phénomène culturel en milieu Bariba. La plupart des  produits de chance, d'intelligence, de protection comme de santé passent par le tabac à chiquer, fumer ou priser a expliqué Chabi Siki Borgui. Il serait alors difficile de dire à son enfant de ne pas utiliser le tabac dans ce contexte,  a-t-il poursuivi, avant de reconnaître que lui-même est passé par là, mais depuis qu'il connaît des ennuis de santé, il a librement opté pour une meilleure pratique en éliminant de ses habitudes, cette pratique traditionnelle qui ruine et tue à petits coups. « Mais alors, vous disposez d'un bon argumentaire pour convaincre les vieux ? »  « Oui », répond-t-il, mais là où le bât blesse, « c'est que les gens vous répondent, qu'ils préfèrent mourir de cela, que de s'exposer sans protection et autres ». Pour ces vieux, les remèdes contre les ennuis de santé existent également mais sont toujours à base de tabac. Or, scientifiquement, indique M. Borgui, il faut éviter le tabac pour être à l'abri des maladies d'yeux et des maux  de tête.

Transporté en milieu scolaire, le tabagisme est simplement la preuve de l'inconscience des élèves, qui préfèrent la cigarette au tabac, pour raison de propreté et surtout parce que les filles n'aiment pas cela, c'est sale, a renchéri Chabi Siki Borgui. Aujourd'hui, les élèves qui fument la cigarette, prisent ou chiquent le tabac, le font en cachette, sans ignorer qu'ils mettent en danger leur santé. Pour cette catégorie d'élèves, il suffit de boire de l'œuf  frais de poulet ou de pintade pour voir, laver les éléments nocifs du tabac, selon eux.

A en croire, certaines personnes contactées, la question du tabagisme n'est pas un sujet tabou comme d'autres sujets connus, les parents discutent avec leurs enfants des raisons qui les poussent à avoir ce genre de comportement, pour finir par des conseils. Voilà pourquoi, M. Borgui, pense qu'il faut continuer la sensibilisation, de manière à les convaincre des méfaits du tabagisme telle que la cécité.                                           

La SVT, un appui à la lutte contre le tabagisme

Aristide Tchoukpè, directeur du Collège d'enseignement technique et commercial de la Donga (CETEC) ne nie pas l'existence du tabagisme en milieu scolaire, surtout que les jeunes sont souvent à l'image de leurs aînés. Il  reconnaît cependant que le phénomène a baissé. A preuve, aucun cas de tabagisme avéré n'a été identifié dans son établissement. Néanmoins, il suggère que les séances de sensibilisation et d'éducation comme dans les cours de Science de vie et de la terre (SVT) se poursuivent pour un changement de comportement et de mentalité. Car le travail doit être fait en amont, pour atteindre les parents,  surtout des milieux à tradition tabagique, au sein d'une population à fort taux d'analphabétisme a-t-il ajouté.

Théodora DANGOU, Sage-femme, responsable de la maternité de Djougou, pense en tant que mère, que ce phénomène est très dangereux surtout pour les élèves, non seulement pour leur santé, mais aussi agit sur leur cursus scolaire et la réputation de leurs parents, qui ne seraient pas heureux de voir s'envoler en fumée, le fruit de leurs efforts. En tant qu'agent de santé, Théodora DANGOU confirme qu'il lui est difficile d'en parler en milieu bariba avec les sages, mais elle n'hésite pas, quand l'occasion s'offre à elle, de sensibiliser les jeunes et les femmes qui viennent en consultation, sur les méfaits du tabagisme, sur ses manifestations qui peuvent conduire à la consommation d'autres substances psychoactives.

L'impact des sensibilisations est apparent

Directeur du Collège d'Enseignement Général 3 (CEG3) de Djougou, Fousséni A. Salami a confirmé que diverses actions de sensibilisation sont menées au plan national et local dans le cadre de la lutte antitabagique et leur impact est visible, car aucun élève ne peut fumer la cigarette, chiquer ou priser le tabac dans les franchises d'un établissement, à moins qu'il le fasse en cachette. Mieux, poursuit-il, l'élève sait quelle sanction il encourt, si on l'attrapait, particulièrement au CEG 3. En effet, les actions de sensibilisation commencent au  début de chaque rentrée scolaire, par la mise à disposition des élèves, du règlement intérieur, qui explique clairement les droits et les devoirs des élèves ainsi que les sanctions qu'ils encourent en cas de non respect du texte en vigueur. Ce qui permet à chaque élève de savoir à quoi s'en tenir en matière de tabagisme et le surveillant veille sérieusement à son application et « je salue au passage, l'action concertée des enseignants du collège qui a donné ce résultat encourageant. Cependant, il ne faut pas baisser les bras et s'asseoir, au contraire, il faut maintenir et renforcer  le combat de manière à faire éradiquer le phénomène de tous les milieux scolaires au Bénin. Par ailleurs, à côté de ces règles de bonne conduite, je suis musulman et la sensibilisation peut réussir par la religion, puisqu'au Bénin, les leaders religieux sont bien écoutés et suivis par les fidèles ». Une preuve, argumente M. Salami, dans l'établissement, il y a une association des élèves musulmans qui sensibilise leurs camarades sur les conduites à tenir, surtout que Djougou compte plus de 60 % de musulmans. « Il faut, pour ce faire, des messages forts,  par exemple, dans la région musulmane, généralement lorsque quelqu'un décède, il est enterré dans les heures qui suivent enveloppé dans un linceul blanc. Il paraît, on ne peut expliquer par quelle alchimie, que le linceul de celui qui aime le tabac est taché.

Ce qui n'est pas bon pour le musulman qui pense que Dieu n'accueillirait pas facilement ce dernier. Mais comme dans la foi, il faut travailler pour son ciel, cela inquiète le croyant et de ce fait, influe sur le changement de comportement. »

Le directeur sera appuyé  par la plupart des élèves rencontrés, comme Aminath BETE-CHABI de la classe de 3è sa camarade  Rosine ZINMONSE de la classe de 4è et Gilford GBOSSOU, ou Régis FADONOUGBO tous en classe de 3è au CEG 3. Tous, ils connaissaient ce fléau qui ouvre selon eux, un champ à la fatalité et confirment qu'il a sensiblement diminué en milieu scolaire, car ils n'ont jamais vu leur camarade fumer à côté d'eux.

Cependant, pour plus de prudence, il faut poursuivre la sensibilisation, car au-delà de l'école, il ne faut pas négliger le snobisme, les technologies nouvelles d'information et de communication et les mauvaises fréquentations, a renchéri Aminath. Ses camarades Gilford et Régis ajoutent que le sujet n'est pas tabou en famille car les parents reconnaissent le danger que représente le tabagisme.

Les agents de santé confirment la régression du tabagisme

Le phénomène doit être combattu depuis la maison à travers la culture et la religion des parents, dont la responsabilité est engagée, a déclaré le professeur Moïse A. BOSSOU comme pour aller en appui à ses élèves. Car pour lui, les parents devraient saisir déjà plusieurs occasions pour dire à leurs progénitures que le tabagisme agit non seulement sur soi-même, enfant ou parent et par conséquent sur la population et sur l'économie. Aujourd'hui, explique Moïse  BOSSOU, « la SVT que j'enseigne, est une aubaine pour amplifier la sensibilisation, surtout qu'il ne revient pas seul à l'enseignant de tout apporter, les élèves sont des vecteurs dans cette situation d'apprentissage de la vie ». Personnellement, de ma position religieuse de responsable du groupe du « Renouveau charismatique catholique », je suggère que plusieurs actions de sensibilisation soient menées même jusque dans les maisons. Ainsi, par des messages dramatiques ou non mais ciblés, des chansons et sketchs que les populations aiment bien par leur folklore dans la Donga, le groupe arrive à retenir l'attention des populations sur ce sujet et bien d'autres encore, a rassuré Moïse BOSSOU  qui ne désespère pas du tout. Pour lui, « la mayonnaise a pris, le taux d'incidence du tabagisme a fortement baissé dans les établissements grâce aux sensibilisations. Sinon, il y a une dizaine d'années quand il est venu dans ce département, d'abord on ne pouvait pas voir un musulman dans les rares buvettes qui existaient. Mais quelques années après, les buvettes se sont multipliées avec leur garniture en personnel féminin, souvent de mœurs légères, ceci a eu une influence sur le tabagisme des jeunes, qui, grâce aux séances de sensibilisation, diminue aujourd'hui en milieu scolaire, il ne faut donc pas se lasser à ce niveau, et la chute se poursuivra tant que dureront ces actions. »

Rachid MOUHANA, professeur de SVT et censeur du CEG2 de Djougou, confirme aussi la baisse du phénomène en milieu scolaire, et soutient que depuis qu'il est à ce poste de responsabilité, le collège n'a enregistré aucun cas.

Sa collègue HAHIRATOU Djibrila, née SOUBEROU, professeur de SVT dans le même collège, s'appuie sur ce chapitre des méfaits du tabagisme sur l'organisme. Une opportunité est ainsi offerte selon lui, aux acteurs pour sensibiliser les élèves sur le fléau. « Je demeure convaincue que tout cela a influé sur la baisse du phénomène dans le milieu scolaire aujourd'hui, particulièrement dans la Donga.  Bref, dans cette situation d'apprentissage et à la faveur des devoirs, les élèves parviennent en majorité, à renoncer au tabagisme et cela a une répercussion sur les enfants qui seront des relais dans les familles, ce qui explique cette baisse du phénomène dans la société à Djougou, a-t-il précisé ».

Au vu de tous ces témoignages recueillis à Djougou, on peut déduire que le phénomène est nettement en baisse dans cette commune de la Donga. Certains agents de santé en poste dans la localité l'ont d'ailleurs confirmé. Pour le médecin-chef du centre de santé de Djougou, Lydie DEDEWANOU et le responsable des soins infirmiers et de la surveillance épidémiologique, Léon K. D. AÏTCHEOU, le phénomène est rare et même les cas de pneumonie devant permettre d'affirmer que le tabagisme persiste ne sont pas légion, encore moins d'élèves enregistré sur ce diagnostic.

C'est en prenant en compte les autres cas de consommation, que le Dr DEDEWANOU confirme que le phénomène est en nette régression dans la localité et mieux, dans le milieu scolaire, car le centre n'a enregistré ces derniers mois, aucun cas contrairement au VIH/SIDA et autres maladies dont la situation demeure toujours inquiétante à Djougou.

(*ACSA/Bénin en partenariat avec l'OMS/Bénin)

 
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