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Edition du 05/08/2009
 
ENVIRONNEMENT : Le paradis environnemental de Cana hypothéqué par l'huile

(Par hervé Jossè)

Installée il y a une dizaine d'année sans étude d'impact environnemental, l'usine de production d'huile à base de graine de coton, Fludor, de Cana (commune de Zogbodomey), est aujourd'hui placée face à ses responsabilités, à savoir, que ses activités aient le moins possible de répercussions néfastes sur l'environnement. Sous la conduite des structures chargées de la protection de l'environnement, c'est une course contre la montre qui a été engagée avec pour objectif de remettre les pendules à l'heure en recréant un cadre de vie exempt de toutes sortes de pollution.

Endiguer la pollution de la rivière Hlan, principal don de la nature aux villages Agbogbohonou, Alladaho, Kanouwagon, Zado, Avlamè et Houagbo situés dans l'emprise environnementale de l'usine Fludor, réduire au maximum les rejets atmosphériques, protéger les ouvriers contre la pollution sonore et faire appliquer des méthodes de gestion des déchets solides et liquides qui respectent l'environnement. Tels sont les défis que tentent depuis plusieurs années de relever les populations de Cana, l'administration communale, les responsables de la société Fludor sous l'impulsion de la direction départementale de l'Environnement et de la protection de la nature.

En vertu de la loi N° 87-015 du 21 septembre 1987 portant Code de l'Hygiène publique, un des fondements de la loi-cadre sur l'environnement en République du Bénin, « sont interdits le déversement, l'immersion dans les eaux de mer, cours d'eau, lacs, étangs, des déchets industriels susceptibles de porter atteinte à la santé publique ainsi qu'à la faune et à la flore aquatiques » (article 118).  Les inspections menées dans l'usine et les investigations faites dans les villages que traverse ce cours d'eau ayant confirmé la maldonne, c'est-à-dire, la contamination par des substances chimiques solides, liquides ou gazeuses, la Direction départementale de l'Environnement et de la Protection de la Nature a aussitôt pris le taureau par les cornes. Fludor y déversait  les eaux usées contenant des substances chimiques nuisibles à la faune et la flore aquatique. Selon les témoignages des riverains, la qualité de l'eau de la rivière s'était totalement dégradée et les populations ne pouvaient s'empêcher de s'inquiéter et de s'alarmer.

L'usine Fludor a aussi été identifiée comme une source fixe d'émission de particules dans l'atmosphère. Les émanations de fumées produites par les chaudières de l'usine sont pointées du doigt. 

A l'intérieur de l'usine, en plus de ce que dans certains ateliers, la pollution sonore fait craindre le pire pour les ouvriers, d'autres situations non moins préoccupantes assombrissent davantage ce tableau sur la situation environnementale autour de Fludor. Pire, au cours d'une inspection faite courant mai, une mission avait épinglé  une aire d'entreposage pêle-mêle de déchets de tous genres parmi lesquels des sacs polypropylènes, des bâches, de la terre décolorante (une poudre blanche servant à décolorer l'huile), des sachets plastiques, du coton fibre, etc...

Donc, les faits de pollution sont récurrents et appellent une surveillance régulière, a indiqué le directeur départemental de l'Environnement et de la Protection de la Nature, M. Gauthier Oloni. D'où la nécessité d'aller souvent voir sur place pour apprécier et faire des recommandations.

Traiter les eaux usées et contrôler la qualité de l'air   

Les résultats  des multiples inspections et recommandations à l'endroit des responsables de Fludor sont donc aujourd'hui perceptibles avec la construction d'une station de traitement des eaux usées. Celle-ci traite entre 25 et 30 m3 cubes d'eau par jour, a indiqué M. Rama Krishna, le directeur de l'usine. Des chiffres supposés en deçà du potentiel de cette station de traitement dont la capacité est, selon lui, d'au moins 100 m3 cubes d'eau par semaine. Une partie de cette eau traitée est dirigée vers un bac de rétention aménagé sur le site. Pour suggérer qu'il n'y a plus d'inquiétude à se faire, il précise que cette eau sert à irriguer une plantation de teck et arroser le jardin de fruits et légumes aménagé par les responsables de la société. « C'est le reste des eaux traitées qui  est déversé dans la rivière Hlan parce que ne pouvant tenir dans le bac de rétention », a expliqué M. Krishna pour se
donner bonne conscience.

Source de préoccupation évidente, la question des rejets atmosphériques est tout aussi particulièrement et sérieusement abordée. En attendant que des réalisations physiques permettent de jauger le chemin parcouru, il est évident, à en croire le chef Division Police environnementale à la Direction départementale Zou/Collines de l'Environnement et de la Protection de la Nature, Armand Logbo qu'il faudra sous peu commencer à contrôler la qualité de l'air. Les responsables de cette société ont donc été instruits en ce sens. En effet, le décret N°2001-110 du 04 avril 2001 fixant les normes de qualité de l'air en République du Bénin fait obligation en son article 27 à « tout propriétaire de source fixe de pollution, d'installer à l'endroit désigné à cet effet tous les équipements requis pour le prélèvement et l'analyse du polluant, en vue de la surveillance du procédé». Mais avant, révèle-t-on, un point d'honneur a été mis dans l'entretien de la chaudière. L'objectif étant de faire en sorte que la combustion de la coque de graine de coton, principale source d'énergie pour les chaudières (il y en a trois à l'usine de Fludor) soit bonne.

Selon l'article 95 de la loi N° 87-015 du 21 septembre 1987 portant Code de l'Hygiène Publique, les feux de combustion, les appareils incinérateurs des usines ne doivent dégager ni poussière, ni odeur, ni fumée gênante de nature à polluer l'atmosphère.

 Eriger un périmètre de protection

C'est dans la recherche d'une solution adéquate à la pollution atmosphérique, précise M. Oloni, qu'il a été entrepris, conformément à la législation, de faire ériger un périmètre de sécurité autour du domaine de la société Fludor. «Les unités industrielles doivent avoir un périmètre de protection prenant en compte la santé des riverains» (article 128 du Code de l'Hygiène Publique en vigueur au Bénin). L'article 129 donne la précision quant à l'aménagement que requiert le périmètre de protection : «Toute unité industrielle doit disposer d'une zone de végétation arborée en vue d'atténuer les effets des polluants atmosphériques».                 

Une étude d'impact environnemental aurait, si elle avait été faite au préalable, déplore-t-on, prévu ce périmètre. La loi N°98-030 du 12 février 1999 portant loi-cadre sur l'Environnement en République du Bénin éclaire, en son article 61, à ce sujet :  «...La demande de permis de construire d'un établissement classé, doit être accompagnée d'une étude d'impact sur l'environnement....Lors de la délivrance d'un permis de construire, le ministre peut aussi exiger, conformément aux normes techniques en vigueur, la réalisation d'améliorations à l'environnement, tels que des espaces verts sur tout terrain bâti ».

A la mairie de Zogbodomey, le maire David Towèdjè de même que le chef Division Affaires domaniales et environnementales, Maxime Kidjasso, reconnaissent tous que leurs interlocuteurs de Fludor ont le sens de la coopération ; une coopération qui, selon eux, permet d'envisager des solutions satisfaisantes.  Peut-il en être autrement quand on sait que, face à une situation en porte-à-faux avec les lois en vigueur au Bénin, mieux que les pénalités - elles aussi prévues par la loi-cadre - les corrections sont, certainement à juste titre, l'option la mieux adaptée au contexte d'une industrie encore balbutiante.

Il est donc permis d'espérer que d'ici peu de temps, les rejets atmosphériques pourront relever du souvenir. Car selon M. Towèdjè, le lotissement de la zone ayant été fait, la Direction départementale de l'Environnement a été sollicitée pour aider à déterminer les limites de la zone tampon à créer ; un projet qui verra Fludor s'agrandir de 200 voire 300 mètres au-delà des limites actuelles des 20 hectares qu'elle occupe. La société devra racheter l'espace qui sera dégagé et y ériger un espace vert. Des plants de teck et d'eucalyptus, signale le chef d'usine, destinés à cette zone tampon, sont déjà disponibles.

ABP/FHJ

 
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