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Edition du 19/01/2010
 
BENIN/ENVIRONNEMENT : Berges lagunaires de Cotonou : une manne livrée à la pollution

(Par Joseph Vodounon Djodo)

Si sous d'autres cieux, les berges sont des espaces à grand potentiel touristique et économique, à Cotonou, ville phare du Bénin et qui plus est, capitale économique, les berges lagunaires offrent malheureusement un spectacle désolant. Une insalubrité grandeur nature y est entretenue par des populations de pêcheurs qui mettent en péril la santé des hommes et de la faune aquatique.

Depuis plusieurs années déjà, la lagune de Cotonou est soumise à l'épreuve de comblement et de pollution. Les berges sont devenues des centres de regroupement, un grand réceptacle de déchets solides, ménagers voire biomédicaux. Pour s'installer, des pêcheurs venus des Aguégués et même de l'ouest du pays, sollicitent les collectionneurs des ordures pour combler la lagune afin de dégager l'espace vital. Tout le long de la berge lagunaire, d'Akpakpa Dodomè à Kpankpan en passant par Abokicodji, Dédokpo et Djidjè, le spectacle est désolant. Des habitations de fortune sont érigées au mépris de la morale élémentaire.

Partout, le mode opératoire est le même : on déverse à longueur de journées des ordures dans la lagune et on finit par repousser l'eau qui cède quelques espaces sur lesquels sont construits ce qui tient ici lieu d'habitation. Hommes, femmes, enfants et animaux vivent sur des tas d'immondices et tout se côtoie dans une promiscuité innommable. Ici, on a pas cure   des règles d'hygiène. Le taux de pollution a dépassé les normes et les spécialistes craignent une hécatombe sanitaire.

Selon Mme Catherine Hounkpè, directrice des pêches dont la structure est à proximité de la lagune, la situation est vraiment préoccupante d'autant plus que les ordures déversées le long des berges et dans le lac contiennent des substances toxiques nuisibles à la santé humaine et à la faune aquatique. Il y a des risques réels de contamination des poissons dont la consommation peut provoquer des réactions anormales de l'organisme humain. En saison des pluies, la situation est plus alarmante et il est difficile de respirer sous l'odeur insoutenable des ordures en décomposition, se plaint Mme Hounkpè.

Du haut des trois ponts qui se dressent sur la lagune, on devrait avoir droit à un paysage pittoresque qui ferait la fierté des Béninois. Malheureusement, nos berges, de ce côté-là, renvoient l'image repoussante de zones où la pollution a atteint des normes intolérables au cœur d'une ville. Le chef du quatrième arrondissement, M. Denis Koudjo, visiblement gêné par cet état d'insalubrité dans lequel végète son territoire, appelle à la revalorisation des berges qui devraient être une source de richesses pour son arrondissement. « La situation est déplorable ; on ne peut imaginer qu'à Cotonou nos berges soient abandonnées dans un tel état. Plusieurs fois, nous avions été invités à des réunions par les autorités en charge de l'environnement sur la question de l'aménagement des berges, mais jusque-là le projet peine à démarrer », constate l'élu.

Jusqu'à quand le péril ?

En effet, il existe bel et bien un projet d'aménagement et d'assainissement des berges lagunaires dont la mise en œuvre a connu trop d'atermoiements. Plusieurs fois, des délégations d'autorités environnementale, sécuritaire et sanitaire ont été dépêchées sur les lieux pour sensibiliser les populations à se faire reloger ailleurs sous peine de se faire déguerpir sous la force publique. Malheureusement, après ces ballets, le projet replonge dans le silence et l'insalubrité reprend ses droits. Le laxisme et l'incurie observés au niveau des autorités ont été exploités depuis des décennies par les populations qui ne sont guère inquiétées par les menaces de l'administration environnementale chaque fois que cette dernière remet le projet en scelle. « Personne ne veut réellement déguerpir ces populations, il s'agit d'un vivier d'électeurs. La preuve, cela fait des lustres que les gouvernements successifs n'arrivent pas à prendre leurs responsabilités. Et pourtant c'est simple, pour éviter le cycle perpétuel des occupations, il faut lancer les opérations d'assainissement et de viabilisation des lieux », se désole un élu sous couvert de l'anonymat. 

Pas trop conscients des risques sanitaires et économiques graves encourus du fait de cette pollution, ceux qui vivent ici vaquent à leurs occupations en compagnie des essaims de mouches, sous des odeurs insoutenables de matières fécales libérées en plein air. Le plus surprenant, ils croient encore pouvoir négocier leur maintien sur place malgré cette triste situation. « Nous sommes des enfants de ce pays et nous n'acceptons pas qu'on nous parle de déguerpissement sans avoir donné la garantie de nous reloger et de dédommager les propriétaires terriens », lance Délé Razak Dandjinou, élu local, porte-voix reconnu particulièrement actif dans les revendications des populations.

Mais, à en croire le ministre en charge de l'Urbanisme et de l'habitat, François Noudégbessi, les zones concernées par le projet d'assainissement et d'aménagement des berges lagunaires sont des zones publiques. Dans le cadre du lotissement d'Abokikodji, tous ceux qui ont été relevés à l'état des lieux ont été recasés et dédommagés. Ceux qui se retrouvent aujourd'hui dans l'emprise à dégager sont des gens qui ont été déjà soit recasés soit dédommagés. Il leur revient de dégager leurs locataires pour faciliter les opérations d'assainissement. Nous savons ce qui se passe : les anciens propriétaires ont reloué les maisons pour lesquelles ils ont été déjà dédommagés, fait constater l'autorité.

La situation n'a que trop duré et l'assainissement des berges lagunaires maintes fois programmé et maintes fois repoussé, apparaît aujourd'hui comme un impératif au regard du potentiel touristique et économique dont elles regorgent. Dans un contexte de mondialisation de l'économie, seul le respect des normes de qualité assure la compétitivité des produits sur le marché international. Et on se doute bien qu'avec un tel niveau de pollution des berges, les produits de pêches béninois ne peuvent pas être compétitifs sur le marché international. 

Selon Sylvain Tossou, inspecteur chargé de la certification et du contrôle de qualité des produits de pêche, toutes les entreprises installées le long des berges lagunaires courent de grands risques par rapport à la qualité de leurs produits. « Pour être honnête, les produits de pêches obtenus dans de telles conditions, ne sont pas de bonne qualité. Ils ne devraient même pas être vendus ni à l'extérieur ni à l'intérieur du pays», note le spécialiste qui attire l'attention des autorités sur les graves conséquences que cette situation pourrait avoir sur l'économie nationale.

ABP/JV

 
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