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Edition du 19/02/2010
 
BENIN/SANTE/TUBERCULOSE : L'état de veille reste de mise

(Par Brigitte Tchibozo-Massou)

Le centre de dépistage et de traitement  de la tuberculose (CDT), sis au quartier Dédokpo à Cotonou ne désemplit pas. Il en est de même pour les autres centres installés dans tous les départements du Bénin. Et malgré ce réseau national de centres intégrés de dépistage et de traitement de la tuberculose mis en place au Bénin pour lutter contre cette maladie, elle continue de faire des victimes au sein des populations. Elle est encore considérée comme un véritable problème de santé publique au Bénin. Face à cette situation, populations et gouvernants doivent faire tout ce qui est de leur ressort pour freiner la propagation de la maladie.

Chaque Béninois se doit d'observer certaines règles pour lutter contre la propagation de la maladie. Il faut savoir que la tuberculose est une maladie provoquée par un microbe. Elle se manifeste par une toux persistante qui provoque chez le malade quelque soit son âge et son sexe, un affaiblissement, puis un amaigrissement prononcés. Elle est mortelle mais guérissable. Les soins sont complètement gratuits. Il faut obligatoirement vacciner les bébés contre la maladie. C'est aussi gratuit. Mais même vacciné, on peut développer une tuberculose. Lorsqu'on traine pendant plus de trois semaines une toux, il faut immédiatement se rendre dans un CDT pour se faire dépister. Il ne faut pas hésiter à braver la distance entre son domicile et le CDT le plus proche pour se faire dépister. Car un dépistage précoce est gage d'une guérison certaine. Si le résultat du dépistage est  positif, alors, il faut accepter immédiatement les recommandations du médecin pour votre prise en charge. Ne ratez jamais de prendre vos médicaments car, cela peut compliquer votre situation. Mieux, n'abandonnez pas les soins. Cela entraine la résistance des microbes vecteurs de la maladie aux médicaments. Avant de tousser,  éternuer, parler ou chanter, le malade doit se couvrir la bouche avec un linge propre. Cela évite à son entourage d'être contaminé. Il doit cracher dans un crachoir. Il faut en général respecter les règles de l'hygiène corporelle, alimentaire vestimentaire et environnementale, pour éviter la contagion. Un organisme en bonne santé résiste mieux  aux assauts des microbes.

Que d'efforts déployés  contre la tuberculose !

Une étude faite par d'éminents spécialistes béninois et publiée en 1992 dans la revue Médecine d'Afrique Noire, 39 (6) soulignait que l'amélioration de la courbe du dépistage de la tuberculose au Bénin n'était pas suivie de résultats encourageants en ce qui concerne l'observance du traitement par les malades. On enregistrait beaucoup de cas d'abandon du traitement. D'où l'introduction en 1983 d'une nouvelle méthode thérapeutique par le Programme national de lutte contre la tuberculose (PNT). Basée sur le traitement par chimiothérapie sur une durée de huit mois contre douze auparavant, elle a quelque peu inversé la tendance. Le délai de traitement a été ramené ensuite à six mois. Ces réductions successives de la durée du traitement ont été possibles grâce à la mise au point de nouveaux médicaments issus de la combinaison de plusieurs autres plus efficaces.

Les CDT implantés dans tous les départements du Bénin ont vu grimper le nombre de leurs locataires et ce, malgré le 2ième mode de traitement de la maladie, celui ambulatoire. On enregistre moins de cas d'abandon  de soins, car, désormais, le séjour à l'hôpital est écourté et les patients  supportent mieux les soins. Le succès thérapeutique de la prise en charge est de 86%, contre 6% de décès.

Mais pour en arriver là, il a fallu mettre en place, puis déployer des équipes de dépistage; communiquer à travers des relais communautaires, des spots audiovisuels et sur support papier, sur la tuberculose, la prise en charge gratuite, la durée du traitement, les conséquences de l'abandon du traitement ou encore le refus de se faire dépister. Beaucoup d'autres actions ont été menées. Mais malgré tout, la situation reste inquiétante.

Vaincre la pauvreté pour inverser la situation.

La tuberculose a la peau dure. Malgré ces efforts notoires qui visent la réduction des cas au plan national, le nombre de malades confirmés ne régresse pas ; il est plutôt stationnaire. Selon les chiffres recueillis au service des statistiques du Centre national hospitalier de pneumo-phtisiologie (Lazaret) de Cotonou, 2960 nouveaux cas de tuberculose pulmonaire à frottis positif ont été enregistrés dans tout le Bénin en 2009 contre 2966 cas en 2008, soit une variation de - 0,2%. En ce qui concerne les cas de rechute, ils sont 162 en 2009 contre 131 en 2008. Par ailleurs, 418 cas de tuberculose extra pulmonaire ont été enregistrés en 2009 contre 400 cas en 2008. 

Selon le Dr. Ferdinand Kassa, médecin épidémiologiste au PNT, cette tendance stationnaire a pour cause, la pauvreté et ses corollaires que sont la sous-alimentation, la faim, la promiscuité, la mauvaise hygiène corporelle et environnementale. Tous ces facteurs provoquent une baisse de l'immunité de l'organisme, lit idéal pour la propagation du germe pathogène. Par ailleurs souligne le Dr. Kassa, la tuberculose est l'une des maladies opportunistes les plus développées par les malades du VIH/Sida. Or, la prévalence du VIH/Sida au Bénin est estimée à 1,8%.   

Une plus pertinente politique gouvernementale de lutte contre la pauvreté s'impose à notre pays. C'est le moyen le plus sûr pour réduire la prévalence de la tuberculose, tout comme d'autres maladies. Cette politique doit avoir entre autres pour objectifs, d'éradiquer la faim, de rapprocher davantage les CDT des populations et de pourvoir ces centres en personnel et plateau technique adéquats. Un accent doit être mis sur l'hygiène publique. Ainsi, les efforts déployés seront plus visibles.

Le recours tardif aux soins par certains patients du fait des difficultés liées à la longue distance à parcourir avant d'accéder au CDT  le plus proche est cité comme cause de décès dus à la tuberculose, par une autre étude réalisée par des agents du CDT de Cotonou, qui a été primée au Canada. Cette étude souligne le nombre insuffisant de CDT. Le Bénin compte seulement 53 CDT pour une superficie de 114,763 kilomètres carrés et une population de plus de 8,5 millions d'âmes.

ABP/BTM

 
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